Neuf ans après Shards of Darkness, Styx est de retour pour une nouvelle aventure tout en infiltration avec Styx Blades of Greed, disponible depuis peu. Voici notre test.
Autrefois très populaire et largement représenté sur la scène vidéoludique, le genre de l’infiltration traverse depuis quelques longues années ce que l’on pourrait qualifier de malheureuse traversée du désert. C’est qu’elle commence à être loin, à ce stade, l’époque où des Splinter Cell, des Metal Gear Solid et autres Hitman se tiraient la bourre pour devenir la franchise préférée des joueurs. Heureusement, avec le retour initié ou annoncé de la plupart de ces sagas, les jeux d’infiltration semblent aujourd’hui plus que jamais fin prêts à revenir sous le feu des projecteurs. L’occasion alors, pour Nacon et Cyanide Studio, de ressortir Styx du placard pour une nouvelle aventure, disponible depuis le 19 février 2026. Et cela aurait pu être une excellente nouvelle si Styx Blades of Greed n’était pas tristement resté bloqué dans le passé.
Styx Blades of Greed tente de raconter des choses
L’histoire de ce nouvel opus, qui se déroule en amont des événements de la série Of Orcs and Men, démarre peu de temps après la conclusion de Styx Shards of Darkness. Quittant la cité de Korranger après avoir accompli sa mission, le gobelin se lance immédiatement dans une nouvelle quête autrement plus importante : celle de mettre la main sur le Quartz, une puissante ressource capable de lui procurer d’étranges pouvoirs. Pour ce faire, il n’est cependant pas seul. Désormais à la tête de son propre équipage, qui comprend l’humaine Helledryn, l’elfe noir Djarak, l’orc Wren, et enfin les nains Jasper et Irving, Styx part sillonner le monde d’Iseria à bord de son Zeppelin, grâce auquel il tente d’échapper à la vigilance de l’Inquisition. Un groupe d’humains tyrannique qui, sans surprise, est lui aussi bien décidé à obtenir le Quartz.

Et maintenant que le contexte est posé, ne tournons pas plus longtemps autour du pot : le scénario de Styx Blades of Greed n’est définitivement pas le point que l’on retiendra de cette nouvelle aventure. Si l’on enlève l’écriture du personnage de Styx, anti-héros savoureux et superbement interprété, on ne peut en effet pas dire qu’il y ait grand-chose à sauver du titre de Cyanide. Le reste du casting est insipide au possible, le doublage (uniquement en VOST) est profondément inégal, et l’intrigue générale n’a décemment rien de passionnant à nous conter, en plus de rester plutôt abrupte pour les néophytes. À vrai dire, l’intégralité du jeu se résume simplement à retourner aux mêmes endroits encore et encore afin d’absorber toujours plus de Quartz, condition inéluctable pour faire avancer l’histoire via de courtes quêtes scénarisées déjà un peu plus intéressantes.
Une expérience d’un autre temps
Le problème, c’est que Styx Blades of Greed repose sur une structure générale totalement désuète, où chacune de ses quêtes est entrecoupée par d’imbuvables objectifs se limitant à trouver et récupérer des morceaux de Quartz éparpillés dans l’univers. Bien sûr, pour pouvoir les obtenir, il faut toutefois réaliser divers objectifs, tels que désactiver des sécurités, trouver des leviers, clés ou objets, ou encore faire en sorte de les amener jusqu’à un endroit plus accessible. Et cela à cinq reprises, le titre étant découpé en cinq actes différents, en sachant que chacun d’eux nécessite alors de récupérer deux à six morceaux de Quartz. Autant dire, donc, qu’on finit très vite par se lasser de cette approche qui nous renvoie vingt ans en arrière, et qui fait de la durée de vie du titre de Cyanide, plutôt généreuse au demeurant, un véritable fléau.

Comptez en effet une quinzaine d’heures pour faire le tour de l’aventure principale en fonction de votre façon de jouer, et probablement une dizaine d’heures supplémentaires pour accomplir tous les objectifs secondaires qui, on vous le donne en mille, ne sont pas plus passionnants pour un sou. Globalement, ne vous attendez guère plus qu’à explorer plus en profondeur chacune des zones du jeu, à la recherche d’items demandés par les membres de votre équipage et dont la localisation est imprécise. Mais encore faut-il avoir l’envie d’explorer le monde de Styx Blades of Greed, ce qui est loin d’être gagné. Et cela vaut aussi bien pour ces quelques quêtes annexes, dont les objectifs restent toujours les mêmes d’un acte à l’autre, que pour les objectifs plus secondaires, qui nécessitent de trouver une ribambelle de collectibles et autres runes.
Styx, maître de l’infiltration, buse de l’action
Pourtant, il faut le reconnaître : Styx Blades of Greed est très loin d’échouer dans tout ce qu’il entreprend. À défaut de réussir à nous donner envie d’explorer son univers, subdivisé en trois zones semi-ouvertes de taille plutôt raisonnable, Cyanide a incontestablement réussi à rendre la progression au cœur de celui-ci vraiment grisante. Comment ? Grâce à un level design permissif et tout en verticalité qui, à l’aide de l’agilité à toute épreuve de Styx, nous offre une liberté des plus absolues dans notre approche. Ici, pas de chemin prédéterminé ou de passage unique pour atteindre ses objectifs, ni même de bonne ou de mauvaise manière de faire. C’est à vous et à vous seul qu’il incombe de décider de la façon dont vous souhaitez procéder, à partir de tous les outils que vous avez à votre disposition.
Naturellement, plus l’aventure avance, et plus ceux-ci sont alors nombreux. Au début assez limité dans nos mouvements, on en arrive par la suite à jouir d’une plus grande liberté encore grâce à l’ajout d’éléments comme le grappin ou le deltaplane à notre équipement. Sans parler des différentes capacités spéciales qu’il est possible de s’attribuer. Car Styx Blades of Greed n’échappe évidemment pas à la grande tendance du light-RPG, avec un système d’expérience qui permet peu à peu de débloquer de nouvelles compétences, telles que la possibilité de se rendre temporairement invisible, de tromper l’ennemi avec un clone, ou de ralentir le temps par exemple. De même, des outils comme des fléchettes empoisonnées, du sable et ou encore les traditionnelles bouteilles en verre peuvent s’avérer très utiles pour parfaire son infiltration.
D’ailleurs, là encore, impossible de ne pas louer la réussite du titre de Cyanide sur la question. Que ce soit en jouant avec l’obscurité, quitte à éteindre les torches environnantes pour pouvoir rester dans l’ombre ; en veillant sur sa jauge de bruit, en privilégiant notamment des surfaces ornées d’un tapis ; ou encore en regardant à travers le trou d’une serrure avant d’entrer dans une pièce, Styx Blades of Greed fourmille de bonnes idées au niveau de ses mécaniques d’infiltration. En sachant, bien sûr, que l’on retrouve également tous les classiques du genre, tels que la possibilité d’éliminer silencieusement ses ennemis avant de dissimuler leurs corps, de se cacher dans des zones prévues à cet effet, ou encore de se faufiler dans des passages étroits à la Batman Arkham. De quoi faire de Styx un vrai fantôme, en somme.

Même si, malheureusement, tout n’est pas non plus parfait. L’IA des ennemis, par exemple, peut parfois s’avérer assez aléatoire, en plus d’être elle aussi furieusement datée dans ses réactions et dans son fonctionnement. Quant aux combats, on ne va pas y aller par quatre chemins : ils sont tout simplement catastrophiques. Dans Styx Blades of Greed, tout est fait pour nous pousser à l’infiltration, et cela se ressent. Le problème, c’est que l’on se retrouve parfois forcés par le scénario à plonger dans l’action, ce qui peut vite tourner au cauchemar étant donné la fragilité du gobelin. Heureusement, cela reste tout de même assez rare, et le titre de Cyanide est surtout très généreux sur son système de sauvegarde. Merci la possibilité de sauvegarder à n’importe quel moment juste en pressant le stick, qui nous évite ainsi toute forme de die and retry frustrante.
Une technique en souffrance
Pour finir, passons maintenant au dernier point qui fâche : la technique. Sans surprise, Styx Blades of Greed reste un titre AA qui, de ce fait, a été développé avec un budget plutôt modeste. Et au vu de la crise financière que traverse Nacon en ce moment même, il est difficile de leur en tenir rigueur. Néanmoins, impossible d’ignorer tous les problèmes qui accompagnent l’expérience de jeu pour autant. Chutes de framerate à gogo, clipping permanent, saccades, bugs d’éclairages, aliasing intensif, animations datées, modèles de personnages ratés… L’Unreal Engine 5 a définitivement connu de meilleurs jours. Reste malgré tout une chouette intention dans les environnements qui, à défaut de briller sur le plan technique, parviennent au moins à traduire les ambitions artistiques souhaitées par le studio.


